Le flow (Fr #1)
Fr (French – Français)
J’arrive d’un « road trip » avec ma conjointe à travers les États-Unis. C’était un rêve, probablement généré il y a de très nombreuses années par le visionnement du film « Easy Rider ». C’est d’une autre époque, celle de mon adolescence et du début de ma vie adulte. Pour un québécois élevé dans une société foncièrement catholique, la révolution culturelle des années 60-70 constituait tout un choc. Et ce mythe d’un monde nouveau était associé pour plusieurs d’entre nous à la Californie et aux grands espaces du Sud-ouest américain. Il était impératif pour moi d’aller visiter avant de mourir (je ne suis pas malade à ce que je sache, mais j’avance tout de même en âge).
Lors de ce « road trip », il m’arrivait d’envoyer des commentaires et réflexions à famille et amis. J’en ai choisi trois pour mettre sur mon blogue.
Le flow est un concept élaboré par le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi (ne vous en faites pas, à peu près personne que je connaisse n’arrive à le prononcer correctement). Il fait référence à ces moments où notre attention est totalement et librement centrée sur ce que nous faisons dans le présent. On ne se préoccupe, ni de situations antérieures, ni de ce qui viendra après. Au plan neurologique, ce serait un moment durant lequel tous nos circuits neuronaux (charges électriques et neuro-hormones) fonctionneraient en totale harmonie – l’inverse de ce qui se passe lorsque par exemple on regrette d’avoir fait quelque chose ou de lorsque l’on anticipe un événement avec appréhension.
C’est ce qui m’est arrivé de vivre à plusieurs moments hier. Lorsque l’on rêve d’un voyage depuis des années, on se fait une idée de ce que l’on va voir et ressentir. Certaines choses peuvent nous décevoir (c’était plus beau dans notre imagination que dans la réalité), d’autres répondent très tout à fait à nos attentes, et il nous arrive aussi de vivre des choses qu’on n’avait pas du tout prévues (une rencontre formidable à San Francisco avec une cousine de ma conjointe, retrouvée après des années de perte de contact)
Hier (vendredi), je classerais mon expérience dans la deuxième catégorie. J’ai vu la Californie magique que je m’imaginais. Nous avons longé la côte par la route 1 entre Monterey et Morro Bay, d’abord dans la brume, puis sous le soleil. Une route entre mer et terre, à travers montagnes et forêts où une courbe en annonce une autre. Par moments je pensais à nos séjours en Corse où soudainement on surplombe une baie de couleur enchanteresse; mais cette fois-ci sur des routes à l’américaine (un délice pour la TT en arabesque sur le bitume, elle aussi en état de flow 😊).
La peintre en ma conjointe se plaisait à nommer les couleurs, tant du côté de la terre que de la mer.
Donc le flow – durant ces moments, c’est comme si le temps s’arrête – tout est là, on n’a pas besoin de rien de plus. La vie est parfois banale, elle est parfois grandiose. Toute cette beauté là sous nos yeux et qui fait vibrer tout notre être. C’est dans ces moments aussi où cette idée de Spinoza à l’effet que nous ne sommes que des modalités d’être à travers une infinité d’autres et que tout cela ne forme qu’un Tout ne nécessite aucune explication supplémentaire, nous le sentons tout simplement.
Et pour ne pas nuire à cette journée parfaite, nos choix (au piff) de restaurants (dîner à Carmel by the Sea, souper dans un restaurant de bord de mer à Morro Bay avec un Chardonnay californien) se sont avérés tout aussi parfaits. C’est la loi des séries du côté positif, quand ça va bien, ça va bien.
Mais heureusement le flow n’est lié à aucun endroit spécifique sur terre (ou dans l’espace si on s’appelle Guy Laliberté), il peut se trouver même dans notre quotidien près de chez soi – il a de plus grandes chances de se produire lorsque l’on répond à ce qui est spontanément important pour nous (les relations de qualité en étant une section majeure).
pcousineau
Ton post me touche mon cher Pierre. Je te reconnais dans ces espaces de bonheur spontané que tu sais de plus en plus accueillir tel quel. Merci de partager ce beau moment avec nous! michel
Un grand espace de bonheur est de partager ces moments avec nos amis. Pierre