L’Infini (FR#6)
Notre cerveau nous joue des tours. À la fin de la semaine dernière, une amie me questionne sur mon intérêt pour l’Infini. Ma première réaction? Bof, ai-je une opinion là-dessus? Mais c’était sans compter sur ces nombreux neurones reposant sur nos épaules. Dimanche matin, je suis en train de ranger la vaisselle (fort détendant — on pense ne pas penser), et boum, venant de nulle part, la première phrase du paragraphe suivant s’impose à mon esprit. Je cours à mon ordinateur; car dans ces moments nous n’avons que quelques minutes avant que cela nous échappe, peut-être pour toujours. Et voilà, c’était parti. Comme c’était dimanche, une rare journée où je ne me fais aucune obligation, une fois la première phrase écrite, ça ne peut tout simplement plus s’arrêter. Ça a donné ce qui suit.
L’Infini, c’est tout ce qui permettrait de dépasser notre expérience immédiate, mais le problème c’est qu’on ne peut l’imaginer qu’à partir de cette même expérience.
Comment arriver à s’en dégager à l’intérieur des limites imposées par l’immanence même de sa nature? Ne plus être le pantin de son ego? Noble entreprise s’il en est une, mais implacablement évanescente, sa rare réalisation en effaçant si facilement la trace.
Fuir la peur, attaquer la source d’irritation, paniquer à l’idée d’être seul_e, aspirer au contact, à la fusion même, vouloir agrandir son horizon et maîtriser son destin tout en se confortant sur son existence dans le regard de l’autre sont des vecteurs de l’expérience mobilisant si puissamment le précieux et restreint espace de notre attention consciente, faisant qu’il en reste tellement peu pour l’Infini.
Bien sûr, la peur de la mort peut nous pousser à son portique, aspirant s’y glisser pour échapper à nos limites. Sermons et rituels nous le promettent bien, mais ils demeurent tout aussi englués dans l’expérience. Même la révolte contre cet état des choses ne réussit pas à s’en détacher.
Pourtant, justement, on a souvent ce sentiment qu’il existe cet Infini. Des confins de l’Univers à l’intérieur de nous-mêmes, n’avons-nous pas intuitivement cette impression que quelque chose nous dépasse?
Les réponses que nous pouvons en appréhender passeraient par les mathématiques, la physique, la chimie, la biologie, l’éthologie, la psychologie, l’anthropologie, la sociologie, la philosophie, la méditation… du moins c’est ce que notre expérience peut nous proposer. La conscience de cette expérience pourrait bien faire partie de ce Tout, une manifestation de cette énergie rendant justement l’existence possible? Mais peut-elle l’appréhender ce Tout? Nous n’avons aucun moyen d’en être certains (du moins rien qui réassurait complètement notre hémisphère gauche). Est-ce que notre aspiration à l’Infini peut servir tant soit peu d’une fenêtre s’ouvrant sur sa présence (ça, ça fait plus hémisphère droit)? De toute manière, et en fin de compte, c’est la seule chose dont nous disposons finalement, une présence, une présence à notre expérience appréhendant ou aspirant à l’Infini.